Aujourd’hui, Saab a tenu une conférence de presse pour commenter le choix de la Norvège concernant son prochain avion de combat, ainsi que pour souligner certaines ambiguïtés de l’évaluation norvégienne.
Les commentaires de Saab sur la décision norvégienne d’achat d’avions sont détaillés ci-dessous.
Au cours des trois dernières années, Saab a participé au processus d’acquisition qui a pour but de remplacer les F16 de la flotte aérienne norvégienne. Pendant toute cette période, Saab a apprécié le caractère professionnel et ouvert du processus, et a entretenu de bonnes relations avec tous les intervenants norvégiens.
Nous avons répondu à des milliers de questions techniques, économiques et organisationnelles. Nous avons continuellement reçu des signaux signifiant clairement que nos réponses étaient satisfaisantes. Dans un tel processus d’acquisition, il est essentiel que le client potentiel ait accès à toutes les informations considérées comme importantes, afin qu’il base sa décision sur des faits. Pas une seule fois, nous avons eu lieu de croire à un défaut d’information. Nous avions des raisons de croire que le gouvernement norvégien souhaitait une étroite coopération industrielle entre les deux pays, et avons donc activement recherché des possibilités de coopération forte et concurrentielle.
L’annonce du 20 novembre du premier ministre norvégien, relative au choix du JSF (Joint Strike Fighter) F35 étasunien, a créé la surprise chez Saab. Les arguments avancés semblaient être très peu – voire aucunement – fondés sur le processus d’acquisition en cours. Nous ne nous sommes pas reconnus dans l’évaluation des capacités opérationnelles du Gripen, ni dans la description de ses coûts. Cela nous semblait concerner un autre avion. La coopération industrielle que nous avions promis de créer, d’une valeur atteignant 50 milliards de couronnes norvégiennes, semblait ne pas véritablement entrer en ligne de compte.
Saab respecte totalement le droit de la Norvège de choisir l’avion ayant sa préférence. Notre ancienneté dans ce secteur nous a appris que ce type de décision est basé sur diverses considérations, qui sont parfois à notre avantage, et parfois non. Toutefois, Saab doit clairement exprimer son point de vue: les raisons publiquement avancées par le gouvernement norvégien ne peuvent s’appuyer sur une évaluation soigneuse des possibilités. L’affirmation que le Gripen ne répond pas aux exigences opérationnelles de la Norvège et que son prix est plus élevé doit, d’après nous, reposer sur une analyse incomplète ou même erronée. Il est important de clarifier certains faits, non seulement pour Saab, mais aussi pour les sous-traitants actuels et futurs du Gripen, et pour nos partenaires et actionnaires.
Saab a effectué une évaluation soigneuse des informations communiquées par le gouvernement norvégien au sujet de cette décision. Notre position est la suivante:
- l’affirmation que le Gripen ne répond pas aux exigences de l’armée de l’air norvégienne repose sur des simulations comportant des informations incomplètes ou inexistantes sur ses capacités
- le coût présumé de l’avion sur sa durée de vie ne repose pas sur l’expérience du système Gripen, mais a été établi avec des hypothèses et des modèles de calcul qui lui sont étrangers
- certaines conditions de calcul ont été radicalement modifiées, et basées sur des hypothèses adoptées uniquement par la Norvège.
Des simulations basées sur des données incomplètes
Il est important de comprendre l’affirmation que le Gripen ne répond pas aux exigences opérationnelles de l’armée de l’air norvégienne. Il apparaît qu’elle est fondée sur des simulations qui nous étaient inconnues. D’après ce que nous avons compris, ces simulations doivent être basées sur des informations incomplètes de performances: en effet, de telles informations sur le Gripen ne nous ont jamais été communiquées, et elles n’ont jamais été réclamées ni à nous, ni au gouvernement suédois. Par conséquent, le comité d’évaluation de la Norvège n’a pas eu accès aux paramètres nécessaires à l’obtention des résultats annoncés. C’est pourquoi Saab estime que les conclusions lourdes de conséquence et la décision du comité n’ont pas pu être suffisamment étayées par ces simulations, dont nous n’avions pas connaissance.
Des hypothèses inadéquates pour comparer les prix
L’un des atouts essentiels du Gripen est son coût extrêmement concurrentiel sur sa durée de vie. Comparé aux avions concurrents, le Gripen est un choix rentable. C’était donc une immense surprise pour Saab d’apprendre que le comité d’évaluation norvégien conclut à un coût du Gripen plus élevé sur sa durée de vie. Cela ne coïncide pas avec ce que nous savons des coûts de maintenance opérationnelle à long terme des différents avions. Si les estimations avancées étaient correctes, le JSF serait plus avantageux pour la Norvège, même si la Suède fabriquait 48 Gripen Next Generation (NG) et en faisait cadeau à la Norvège. Cela semble déraisonnable.
Il apparaît également que l’estimation norvégienne repose largement sur des conditions préalablement informulées, des recalculs et des hypothèses complexes. Saab estime que seuls 20 % des coûts avancés par le comité d’évaluation norvégien sont basés sur les faits présentés dans l’offre suédoise. Selon nous, le reste des résultats découle d’hypothèses et d’estimations effectuées en interne, non basées sur des informations que nous aurions confirmées.
Le nombre d’avions est passé de 48 à 58, et la durée de vie opérationnelle a été portée de 25 à 35 ans. Ces deux nouvelles conditions sont déterminantes dans le calcul. Il est tout à fait inhabituel que ces calculs aient été largement effectués en dehors de tout dialogue; cela contribue à donner une image incorrecte des possibilités.
Voici trois exemples d’hypothèses qui ont un effet considérable sur le calcul: les coûts de mise à niveau, les écrasements et la consommation de carburant. De notre point de vue, les calculs ont une relation faible ou inexistante avec l’offre suédoise ou avec les informations collectées sur le Gripen.
Les calculs de Saab relatifs aux coûts de mise à niveau sont basés sur 50 ans d’expérience dans la mise au point et la mise à niveau d’avions de combat, pour nos clients en Suède, au Danemark, en Finlande, en Autriche, en Hongrie et en République tchèque. La Norvège a transposé son expérience du F16, un avion très différent, non comparable selon plusieurs aspects importants. Les coûts de mise à niveau calculés par la Norvège sont plusieurs fois supérieurs à ceux établis et fournis par Saab et les autorités suédoises.
Notre estimation de la consommation de carburant est basée sur l’expérience de 120 000 heures de vol du Gripen. Bien que les exigences norvégiennes spécifient une recherche de consommation plus faible, le comité d’évaluation a choisi de majorer les valeurs que nous avons fournies, ce qui fait augmenter encore les coûts.
L’estimation comporte le coût de remplacement d’un avion, avec l’hypothèse que près de la moitié de la flotte aérienne s’écrasera sur une période de 35 ans. Cette hypothèse est totalement infondée au regard des statistiques du Gripen. Mais elle ajoute des milliards supplémentaires au calcul.
A tout cela, il faut ajouter un certain nombre de questions auxquelles le groupe d’évaluation norvégien a choisi de ne pas répondre, comme le taux de change utilisé, le mode de calcul du prix de chaque avion supplémentaire, les autres paramètres calculés sur la base du prix d’acquisition, et la valeur estimée de l’acquisition de l’armement.
Saab n’a reçu aucune information permettant de douter de l’exactitude de son calcul initial. Toutefois, même en refaisant nos calculs sur la base des nouvelles informations, le Gripen continue à présenter un coût total bien inférieur aux chiffres publiés.
L’évaluation a été soumise en Norvège à une inspection externe de la qualité. De notre point de vue, les nombreux calculs et hypothèses qui semblent déraisonnables dans l’évaluation économique permettent de jeter un doute sur l’évaluation opérationnelle.
Vers de nouveaux marchés
Saab respecte la décision de la Norvège et a parfaitement conscience que de nombreuses considérations, politiques par exemple, interviennent dans ce type de processus d’acquisition. De notre point de vue, il est toutefois totalement déraisonnable d’affirmer que notre produit phare ne répond pas aux exigences opérationnelles découlant des menaces auxquelles nos clients pourraient être confrontés à l’avenir. D’après nous, il est aussi totalement déraisonnable, de la part du comité d’évaluation norvégien, d’avancer pour notre produit un prix non basé sur des faits exacts. Pour Saab, il est important d’attirer l’attention sur le fait que les coûts élevés publiés pour le Gripen et les affirmations d’insuffisance de ses performances ne sont pas fondés sur des faits et des expériences reconnus.
A présent, nous continuons notre route et rassemblons nos forces pour les marchés présentant un intérêt réel pour l’évaluation du Gripen, sur la base de nos offres et motivée par une authentique volonté d’établir une coopération industrielle à long terme. Le Gripen est un choix très concurrentiel, aussi bien sur le plan opérationnel que financier. Saab conserve son objectif de vendre 200 avions à l’export; aujourd’hui, nous poursuivons notre activité commerciale auprès de huit pays qui se présentent comme des clients potentiels. Nous sommes confiants dans la poursuite de notre succès.